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Mes lectures d'Automne :
Eléni Yannakaki: Les Chérubins de la moquette, éd. Actes Sud.

Eléni Yannakaki est née à Réthymnon (Crète) en 1955. Elle vit en Angleterre et enseigne la littérature grecque à l’université d’Oxford.Les Chérubins de la moquette, son deuxième roman, a connu un grand succès public et critique en Grèce, où l’auteur a reçu en 2002 le prix du premier roman décerné par le magazine Diavazo.
A quoi rêvent les petites filles, en Grèce comme ailleurs ? Au grand amour, à un beau mariage, à de nombreux enfants en bonne santé, à une vie aisée… Mais comment vont les femmes qui ont réalisé leurs rêves de petites filles ?Maria approche de la fatidique quarantaine. C’est en apparence une personne épanouie, épouse d’architecte et mère de trois enfants, qui règne sur un intérieur cossu symbolisant leur réussite sociale. Un vrai rêve de petite fille. Ce matin-là, c’est pourtant un cauchemar qui a réveillé Maria, mais rien à voir avec la journée qui l’attend, une journée comme les autres, rythmée par les tâches ménagères, les devoirs maternels et les obligations conjugales dont elle s’acquitte avec un soin obsessionnel qui confine à la névrose. Rien à voir non plus avec le décès de son amant, survenu pile un an plus tôt…Portrait total d’une femme ordinaire censément heureuse, Les Chérubins de la moquette démonte avec une implacable lucidité les mécanismes de l’autosuggestion et de la survie mentale. Entre cynisme et tendresse, Eléni Yannakaki mène une véritable enquête psychologique, de confession en révélation, jusque dans les zones les plus stupéfiantes du subconscient. ( Actes Sud)
Mes "petits derniers", lectures de cet été :
L’histoire commence aujourd’hui à Athènes, chez Nausicaa, une dame de 99 ans, qui demande à l’étudiant qu’elle héberge de mener une enquête sur les moines du Mont Athos. Songe-t-elle à leur laisser sa fortune ? Espère-t-elle retrouver parmi eux son frère disparu dans les années 50 ? Bien qu’il ne s’intéresse qu’à l’histoire ancienne et aux philosophes présocratiques, le jeune homme accepte. Son enquête le mènera loin, mille ans en arrière, à l’époque de la construction du premier monastère. Plus loin encore dans l’antiquité quand l’Athos était déjà habité. Il découvrira que le christianisme ne s’est imposé qu’au prix de destructions et de massacres qui ont duré des siècles et que les dieux olympiens ont connu eux aussi leurs martyrs. Ses investigations lui feront rencontrer des personnages de plus en plus singuliers : un journaliste qui considère la messe orthodoxe comme une œuvre d’art, un historien qui affirme que le christianisme ne prolonge pas l’Antiquité mais qu’il la suit « comme la nuit suit le jour », un moine défroqué, un poète péruvien installé sur la Sainte montagne, les membres d’une étrange communauté dans les faubourgs de Thessalonique, qui dansent pieds nus sur des charbons ardents ? Cinq femmes aussi, dont une plongeuse du département d’archéologie sous-marine. Il fera la connaissance d’un moine français bibliothécaire propriétaire en Normandie d’une maison où l’Abbé-Prévost écrivit Manon Lescaut, et d’un fou de Dieu qui salue les avions qui passent avec un drapeau byzantin. Il apprendra que sur le mont Athos, interdit aux femmes, des militantes communistes ont dansé il n’y a pas bien longtemps, il découvrira surtout une communauté richissime, qui pèse d’un poids considérable sur la vie politique du pays et dont personne ne prend le risque de contester les privilèges, ni de dévoiler les secrets…
Un roman magnifique, d'une grande puissance !
Les jeunes Nilos et Militssa s'aiment et veulent se marier; Mais, quand Nilos annonce la nouvelle à son meilleur ami Philon, ce qui paraissait banal prend alors une tournure étrange: Philon, comme possédé par un pouvoir d'oracle, prédit à son ami un destin tragique pour sa futre famille, qui sombrera dans le meurtre, l'inceste et le suicide... Cette pièce aux héros très ordinaires possède tous les accents d'une grande tragédie de Sophocle sur la condition humaine. .
"Panique, terreur, agonie, épouvante; Je veux pousser le cerveau jusqu'à ce point. Qu'il ne puisse pas aller au-delà. Qu'il vienne cogner sur sa propre paroi. Qu'il tourne en rond dans le cercle de ses limites. Qu'il se noie, qu'il devienne fou en découvrant qu'il ne peut plus avancer; Quelle est l'action finale, le dernier instant? Vouloir voir et na pas pouvoir. Vouloircomprendre, y être presque, et que ça te soit interdit"...
Takis Theodoropoulos: " La Folie de midi" aux éditions Métropolis
Ancien gauchiste reconverti dans les affaires, homme sans scrupules aujourd'hui comme autrefois, le narrateur a perdu le goût de vivre, car sans culpabilité, dit-il, la vie n'a plus de saveur, ce qu'il appelle "le goût du sang".
Sur une île de la mer Egée en proie à la canicule, ce personnage va s'adresser tout au long du récit à la femme avec qui il est marié depuis 20 ans, faisant alterner interrogations existentielles et fantasmes sexuels, vécus séparément par le couple.
Et les dilemmes tragiques finiront par basculer dans le tragi-comique et le fantastique, se résumant à ces questions : y a-t-il bien un cadavre, est-il le double du narrateur, et que faut-il en faire ?
Sortie en librairie fin Août 2011, Quidam Editeur.
En attendant de ranger ce dernier roman d'Ersi Sotiropoulos, traduit par Michel Volkovitch, dans "ma petite bibliothèque grecque moderne", et parce que je l'ai promis à mon libraire qui me l'a fait découvrir en me l'offrant, ce petit papier:
Pour commencer, Ersi Sotiropoulos est née à Patras en 1953, elle a fait des études d’anthropologie en Italie où elle a longtemps vécu avant de s’installer à Athènes. Elle a publié, depuis 1980, cinq romans, une novella, trois recueils de nouvelles et un recueil de poésie. Son roman Zigzags dans les orangers(Maurice Nadeau, 2003) a reçu le Prix d’État et le Prix de la revue Diavàzo en 2000. Ersi Sotiropoulos est traduite en plusieurs langues.
Le roman est très intéressant ! il ne se lit pas si facilement que ça car il débute presque aussi mollement que l'est son héros,à la personnalité un peu agaçante et floue . Mais sa puissance s'est imposée au fil de ma lecture: à la fois mythologie revisitée, celle d'Aris ( Arès?) habité par ses pulsions sexuelles aux couleurs de tauromachie, du petit Priape au bonnet rouge, le destin en personne dans sa peugeot qu'il conduit debout comme un char lancé à pleine vitesse, une pâle Carla diaphane comme un marbre de Paros, et un dénouement vertigineux très "Eros et Thanatos" lorsqu'Aris part sur la barque dans des eaux marécageuses . A la fois réaliste, ironique et métaphysique , tragique et comique, qui nous fait part à la fin de la métamorphose du héros bien las de tout et de lui, en quête de son poème.Et tout cela sur la toile de fond de la crise politique et sociale de la Grèce contemporaine, dans une langue qui ne mâche pas ses mots , si je peux m'exprimer ainsi, et remarquablement traduite.
Lire cet article du Monde: http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/06/09/ersi-sotiropoulos-etudier-les-mouvements-interieurs-de-la-conscience_1533808_3260.html
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La Femme du métro, de Mènis Koumandarèas et traduit par Michel Volkovitch, est un roman d’une grande force comme La Verrerie ou Le Beau Capitaine récemment traduit en français.
A la fin de l’hiver dans les années 70 à Athènes, une femme mariée de quarante ans et un étudiant de vingt ans se retrouvent tous les soirs dans le même métro. De ces rencontres fugaces naît un amour impossible. L’histoire est toute simple en apparence mais Koumandarèas y déploie ses thèmes de prédilection : beauté de la jeunesse, hantise du vieillissement, vies gâchées, mélancolie, amertume, thèmes que l’on retrouve dans les romans de Scott Fitzgerald qu’il a lui-même traduits. Ce portrait de femme est inoubliable.
Thanassis Valtinos : "Accoutumance à la nicotine"
Finitudes, 2010.
“Accoutumance à la
nicotine”, voilà un titre auquel «l’air du temps peut donner l’allure d’une provocation», remarque Gilles Ortlieb
dans son avant-propos. Parce que fumer tue. Mais dans les récits rassemblés ici, on s’aperçoit que la guerre également tue, que la bêtise tue, que le temps finit toujours par tuer lui aussi. Et
c’est peut-être pour supporter tout cela que les personnages de Thanassis Valtinos allument parfois une cigarette.
Vassilis Alexakis : "Le Premier mot" Stock 2010.
Le Premier Mot est avant tout l'histoire d'un homme, Miltiadis, né en Grèce et
professeur de Littérature comparée à Paris, qui aimerait connaître ce tout premier mot . Mais il meurt avant de l'avoir découvert et sa soeur âgée d'une soixantaine d'années se chargera
d'élucider l'énigme. Elle rencontrera des scientifiques de tous bords qui lui parleront du cerveau humain, du langage des bébés, des chimpanzés et de l'homo sapiens, de Darwin et des
créationnistes, et d'un roi d'Egypte qui avait fait élever ses enfants loin du monde pour voir dans quelle langue ils s'exprimeraient spontanément...
XIX° siècle : Alexandre Papadiamandis (1851-1911) Αλέξανδρος Παπαδιαμάντης: Les petites filles et la mort.
Actes Sud 2003
La vieille Yannou est au chevet de sa petite-fille, âgée de quelques jours à
peine et déjà gravement malade. Au fil des heures de veille durant lesquelles elle se remémore sa vie passée, elle découvre qu'elle n'a jamais vécu que dans la servitude. Elle se persuade alors
que son devoir est de délivrer - par tous les moyens - les petites filles de l'enfer qui les attend. Ecrit en 1903, Les Petites Filles et la Mort (dont le titre original se traduit par La
Meurtrière) est le maître livre de Papadiamantis. Dans une tragédie qui va bien au-delà du tableau de mœurs, il invente une langue somptueuse et propose une réflexion sur la condition féminine,
tissée d'obsessions personnelles, qui se révèle d'une inquiétante modernité.
Alexandre Papadiamandis (1851-1911) est l'un des plus grands auteurs de la prose néo-hellénique. Son œuvre est
composée essentiellement de nouvelles et de quelques romans, parmi lesquels La Fille de Bohême (Actes Sud, 1996).
XX siècle : Nikos Kavvadías (1910-1975) : Le Quart.
« Je voudrais qu'on oublie aussi mes ossements, mais dans un bordel. Et que les femmes s'en
servent comme canules pour leurs bocks, comme fume-cigarettes, comme sifflets. »
Chef-d'oeuvre publié en 1954, Le Quart, roman du poète grec Nikos Kavvadias, est une odyssée moderne d'une noirceur totale.
On y suit les errements d'une embarcation sans âge, en route vers la Chine. Cercueil flottant, le cargo et son équipage voguent sans cesse vers d'autres ports, d'autres maraudages, d'autres
bordels et d'autres putains. Entre deux escales, les marins grecs qui se trouvent à bord nous livrent sans pudeur leurs misérables existences ; ils ressassent leurs aventures, leurs amours, leurs
échecs, avec une amertume et une mélancolie abyssales.
À travers la voix de ces hommes de quart qui ne nous épargnent rien de la cruauté et de l'obscénité de leur univers, Kavvadias parle de l'absurdité humaine mais aussi et surtout de la mer, ce
lieu mythique que, de Conrad à Cendrars, nul n'a si bien décrit que lui.
Eugenia Fakinou : «La Septième Dépouille ».
Le second roman d'Eugenia fakinou, intitulé
La septième dépouille, est un livre au centre duquel se situe la mort. Il aborde la question essentielle du devenir à travers le destin de trois générations de femmes
: il s'agit d'une grand-mère, qui n'est jamais nommée autrement que Mère dans le livre, de sa fille, Hélène, et de sa petite fille Roula. Les deux premières vivent à Racine, un petit village de
campagne, alors que la dernière, Roula, habite depuis sa jeunesse à Athènes, une des grandes métropoles de l'île. Ce romannous livre donc deux visions différentes d'un même lieu en
établissant une confrontation entre Grèce moderne et Grèce archaïque.
L'intrigue principale de l'œuvre est celle-ci : Roula, qui n'a plus de nouvelles de sa famille depuis des années, reçoit un jour une lettre. Cette missive, envoyée par la grand-mère, est en fait
destinée à la mère de Roula, qui est décédée. Elle lui demande de se hâter de revenir à Racine, car son frère, Fotos, est mourant. Par curiosité, mais aussi pour honorer la promesse qu'elle avait
faite à sa mère, Roula va alors entreprendre le voyage qui l'amènera au chevet de son oncle.
Cependant, l'intrigue du roman est plus complexe que cela. Deux autres récits s'entremêlent au premier pour n'en former qu'un, intense et foisonnant. En fait, chacune des trois
femmes citées ci-dessus est narratrice de sa propre histoire, qui n'est livrée que par bribes, puisqu'elles prennent la parole à tour de rôle. Il s'agit d'un magnifique jeu de miroirs et
d'échos.
Nikos Kazantzakis (1883–1957) ; Νίκος Καζαντζάκης
« Le christ recrucifié. »
A Lycovrissi, village d'Anatolie où une population de Grecs orthodoxes vit sous l'autorité d'un agha. Turc, une coutume ancienne exige que tous les sept ans soient choisis une demi-douzaine de villageois qui feront revivre la Passion du Christ durant la Semaine Sainte. Le Conseil des Ancien, présidé par le pope Grigoris, choisit ceux qui sont dignes d'incarner les trois apôtres. Au berger Manolios revient le privilège et la charge d'être le Christ. L'arrivée d'un groupe de Grecs chassés de leur village par les Turcs va diviser Lycovrissi tandis que le pope et les notables refoulent sans pitié ces déshérités, les représentants des apôtres et du Christ s'efforcent de les secourir. A mesure qu'ils mettent en pratique les principes de l'Evangile, ces quatre hommes simples s'affranchissent des mesquineries et de l'égoïsme de leur clan: leur. Charité active agit comme un choc et bientôt une suite de drames bouleverse la vie de la vieille cité…
Yorgos Ioànnou : « Le Sarcophage », in Douleur du Vendredi saint, Climats. Traduit du grec par M. Volkovitch et Michelle Barbe.
Yòrgos Ioànnou n’ayant jamais écrit que sur lui-même, de façon souvent très allusive, quelques indications sur sa vie ne feront pas de mal au lecteur.Ioànnou naît à Thessalonique en 1927 de parents réfugiés, chassés de Turquie un peu plus tôt. Le père est cheminot, le fils devient professeur de lettres classiques. Il exerce un peu partout en province, et même en Libye pendant deux ans — son seul voyage hors de Grèce. Il publie deux minces recueils de poèmes et un de prose. En 1971, à quarante-quatre ans, quand paraît Lesarcophage, il est encore pratiquement inconnu.
Le sarcophage est l’histoire d’un couple. Elle, c’est Thessalonique, ville d’enfance et d’adolescence, mère détestée autant qu’aimée. Lui, c’est l’auteur lui-même. Ces 29 textes brefs forment une autobiographie à peine transposée. Ioànnou n’invente pas ses histoires : on n’écrit bien, dit-il, que sur ce qu’on a soi-même vécu. Plutôt que des nouvelles, ces textes sont des « proses », comme il les appelle, à mi-chemin entre l’autobiographie, la fiction et l’essai. Ajoutons-y la chronique : Ioànnou ne cesse d’entrelacer drames personnels et collectifs. Le charme et la force de ce livre, et des suivants, viennent en partie de là, de cet équilibre entre le je et le nous. En fait, mine de rien, par petites touches, brefs coups de projecteur, c’est l’âme grecque tout entière que capte Ioànnou. Tout est là, senti, vécu : l’héritage antique, la religion byzantine, les traditions populaires — la « Grèce éternelle », encore vivante alors, survivante aujourd’hui. Il fallait, pour la rejoindre ainsi, un homme à la fois savant et simple, commeIoànnou ; un homme que sa culture a mené vers ses racines lointaines sans l’éloigner de ses origines populaires, non moins précieuses pour lui.
Yannis Rítsos (1909-1990) : Temps pierreux, Makronissiotiques

Yannis RITSOS Temps pierreux. Makronissiotiques. Traduit du grec par Pascal Neveu (Ypsilon Éditeur)
Traduit dans le monde entier et amplement en France, le poète grec Yannis Rítsos (1909-1990) est devenu une légende, annoncée dès 1957
par un article fameux d'Aragon, Pour saluer Ritsos, dans Les Lettres françaises. Mais n'oublions pas que la légende de l'auteur de La Sonate au clair de lune(1956) a
la couleur noire d'une tragédie qui ne se situe pas au temps des Atrides, mais de la Résistance, de la guerre civile, des déchirements de la guerre froide et de la dictature des colonels. Ce fils
d'une famille patricienne, de petite noblesse, peu à peu ruinée, fut très tôt orphelin, astreint à plusieurs séjours dans des sanatoriums, mais rebelle invétéré malgré la cruauté du sort, haute
figure d'un communisme qui dans son pays valait dès le début des années cinquante la répression la plus féroce et la déportation dans des camps.
De cette
expérience, sans doute la plus cruciale et la plus amère, vécue par le poète, on ne connaissait pratiquement rien des poèmes écrits dans ces conditions d'un enfer tour à tour torride
et glacé où les détenus, s'ils voulaient obtenir leur libération, étaient contraints de signer un acte de repentance. Yannis Ritsos a été relégué et interné à plusieurs reprises, d'abord à
Makronissos, un îlot désert des Cyclades, et par la suite à Aghios Efstratios, en Égée du nord.
Jacques Lacarrière
Écrivain, poète, traducteur (du grec) et avant tout grand voyageur (1925-2005) L'été grec (Plon, 1976
C'est sous les portiques de l'Agora d'Athènes où la foule de ses auditeurs, abritée du soleil, venait écouter Hérodote relater ses
voyages, que l'on aimerait lire, ou mieux encore entendre lire, l'Eté grec.
Car ce livre est une approche vivante, un témoignage passionné, l'histoire d'une liaison heureuse de plus de vingt ans avec une terre, un peuple et une histoire. L'originalité de l'approche de
Jacques Lacarrière, dont on dit qu'il est l'un des interprètes les plus modernes de la pensée antique, est - littéralement dans sa démarche : chemin faisant, selon le titre même de l'un de ses
livres, nous avançons avec lui, poursuivant la Grèce jusqu'en ses plus secrets retranchements.
Tels ces ascètes en quête d'un " homme différent " vivant - ivres de Dieu - aux frontières de la mort. Et il devient alors évident que ce que cherche sans relâche sur la terre hellène ce
promeneur solitaire, il l'a déjà trouvé en lui-même. A travers le quotidien, les gestes et la langue populaires, dans un style impressionniste où se retrouvent l'harmonie de Sophocle, les chants
médiévaux de Digenis, les mémoires du général Makryannis et les Kleftika, ces chants épiques de la guerre d'indépendance, nous passons tout naturellement de l'autre côté du miroir pour retrouver
le fil qui relie Eschyle à Séféris, Homère à Elytis et Pindare à Ritsos.
A la manière enfin dont on a dit du printemps 68 français qu'il fut " chaud ", on peut parler de la chaleur et du souffle libertaire de l'Eté grec. Mais le plus rare peut-être en ce beau livre
est que l'exceptionnelle érudition de l'auteur n'ait en rien entamé l'étonnement, la jeunesse et l'acuité de son regard.
Vassilis Alexakis: Talgo. (Roman / stock 1983.), né à Athènes en 1943.
Éléni, une jeune Athénienne, évoque la fin de sa liaison avec Grigoris -
un Grec installé à Paris -, leur première rencontre, leurs retrouvailles à Barcelone, puis encore cette rupture dont elle ne parvient pas à guérir. Le veutelle vraiment ? Ma souffrance est le
dernier lien qui subsiste entre nous. écrit-elle. Cette lettre adressée à un absent n'est pas une complainte. Éléni demande aux mots de l'aider à comprendre l'amour. Les mots se montreront
bienveillants : ils lui apprendront à discerner sur le visage de l'amour les traits de la poésie. Sur le flacon tu avais écrit à l'encre de Chine : Pluie de Paris... Même si un jour je ne devais
plus t'aimer, il faut que tu saches, Grigoris, que je te serai toujours reconnaissante de m'avoir fait ce cadeau. Quand je serai vieille et qu'on me demandera ce qui s'est passé d'important dans
ma vie, je répondrai seulement ceci : On m'a jadis offert un flacon d'eau de pluie.
Né à Athènes en 1944, Vassilis Alexakis vit à Paris depuis 1968. Talgo, comme La Langue maternelle (prix Médicis 1995), fait partie de ses oeuvres grecques. Il en a établi une
première version française en 1982 (aux éditions du Seuil), amplement revue en 1997.
Maria Efstathiadi : « Presque un mélo » ; Actes
sud.
C'est l'histoire d'un amour fou et aveugle, qui tourne à la dépendance par l'entremise d'un combiné téléphonique. C'est l'histoire d'une femme jeune et jolie qui perd pied, obnubilée par une relation étrange et dérangeante. Lerécit de cette aventure intime est paradoxalement assumé par une voix collective, comme si cette liaison scandaleuse devenait le point de mire de tout le choeur, pour ce qu'elle révèle de solitude, de besoin d'amour et de sentiment d'abandon de chacun.
Marguerite Libéraki : « Trois étés », nrf, Gallimard. (1950)
L’amour, la recherche de l’amour, le désir de l’amour…
Trois étés dans la lumière éclatante de l’Attique, trois jeunes filles en fleur, trois sœurs, Maria, Înphanta et Katerina. Maria ? L’aînée, vigoureuse, sensuelle, très proche des réalités de la nature ; Inphanta, ardente mais froide, toujours réticente devant l’amour ; Katerina qui a soif d’indépendance et qui choisit l’évasion dans le rêve ; pour elle c’est le mythe qui devient réalité. Mythiques la mystérieuse grand-mère polonaise et le capitaine Andréas. Katerina raconte ces trois étés avec fantaisie, humour et une immense tendresse, une grâce juvénile qui a déjà un ton de nostalgie. Chaque minute est vécue avec une extrême intensité, et reflète toute la perplexité du mystère féminin.
Lors de la parution de Trois étés, Albert Camus a écrit : « le soleil a disparu des livres d’aujourd’hui. C’est pourquoi ils font mal au lieu d’aider à vivre ; mais le secret se conserve encore dans vos pays, il se transmet d’initié en initié ; il servira encore, quand la nuit finira. Vous êtes de celles et de ceux qui le transmettent. Je me sens une complicité avec ce livre. »